Martine COCHOIS, Tourcoing

Un regard sur l'évolution du métier de pharmacien...

Martine COCHOIS, Pharmacie de l'égalité

Pharmacienne depuis 33 ans, Martine Cochois a commencé en tant que co-titulaire avant de devenir pharmacien assistant. Elle s’est ensuite installée à son compte et est maintenant titulaire de son officine depuis 20 ans. Entrepreneuse dans l’âme, elle a eu plusieurs pharmacies : Aniche, Valenciennes, et depuis 2009 à Tourcoing. Si la situation économique des officines n’était pas devenue aussi tendue, elle aurait relevé un nouveau défi en s’installant dans une nouvelle officine. 

Coopératrice Welcoop depuis septembre 2013, Martine Cochois nous a confié sa vision du métier, de l’avenir de l’officine.

Welcoop – Mme Cochois, selon vous, comment a évolué le métier de pharmacien ces vingt dernières années ?

Mme COCHOIS, Pharmacie de l’égalité à Tourcoing - Le métier n’a pas très bien évolué, en ce sens où il devient de plus en plus difficile, avec de plus en plus de contraintes. Avant nous pouvions travailler seuls sans problème, aujourd’hui exercer en solo devient dangereux. De même, nous exercions sans trop nous occuper de la comptabilité, de la gestion, car ça tournait et l’officine se suffisait à elle-même. Aujourd’hui on ne peut plus en faire abstraction.

Selon vous, à quoi sont dues toutes ces tensions économiques au sein de l’officine ?

Ça se met en place depuis de nombreuses années. On le voit déjà par la diminution des remises par les fournisseurs, les grossistes. Au début les remises étaient illimitées, puis elles ont été bloquées à 6%, 4%, puis à 3. Cela associé à la baisse des marges, aux déremboursements. La création des centres de parapharmacie qui n’existaient pas, la concurrence de la para, Internet, Edouard LECLERC.

Quand je compare ce que je vendais en parapharmacie dans une petite pharmacie de village et ce que je vends aujourd’hui en centre-ville, la différence est énorme. La parapharmacie ne se vend plus qu’en dépannage. Il faut donc trouver d’autres centres de marge.

Comment pensez-vous que le métier va évoluer au cours des dix prochaines années ?

Dans 10 ans, il ne faudra plus travailler tout seul, c’est certain. Intégrer un groupement ou aller vers le regroupement d’officines, en pôles santé, maisons médicales, cela me parait impératif. L’interprofessionalité va prendre de plus en plus d’importance. 

"Ne plus travailler seul, se recentrer sur notre coeur de métier"

Et surtout se recentrer sur notre cœur de métier : s’occuper davantage de l’hospitalisation à domicile, faire des entretiens pharmaceutiques. On va devoir entretenir une relation de plus en plus étroite avec la patientèle, c’est certain, notamment pour faire en sorte qu’ils soient plus fidèles. En ce sens le club Wellpharma est une bonne idée car la carte de fidélité pour les patients les fait revenir à l’officine.

Les entretiens pharmaceutiques y participent aussi. J’ai mis en place tout de suite pour le suivi des patients sous AVK. 9 fois sur 10 les patients ne sont pas habitués à ce type d’entretien avec le pharmacien. Ils disent que le médecin sait bien ce qu’il fait, et qu’ils connaissent bien leur traitement ; néanmoins les personnes qui sont venues étaient contentes car c’est une autre approche, un rappel, et on se rend compte qu’au fil des entretiens on leur répète toujours la même chose et ils ne mémorisent pas grand-chose de ce qu’on leur a dit.

Pour les entretiens des patients asthmatiques, c’est tellement restrictif que nous avons très peu de patients. Nous attendons donc de l’assurance maladie qu’ils étendent le dispositif.

Malgré tout, je ne suis pas sure que le fait de faire tout cela suffira à combler le gouffre financier. L’appartenance à un groupement ou à une coopérative comme Welcoop permet d’avoir des idées novatrices et d’être en plus étroite relation avec des sociétés comme D Medica, Pharmagest… 

D’ailleurs, comment avez-vous connu Welcoop ?

J’ai connu Welcoop par la presse professionnelle, mais je ne m’y suis pas intéressée plus que ça. C’est à force d’en parler avec le commercial que l’idée est venue me trotter dans la tête et finalement je me suis dit pourquoi pas.

Pour débuter avec la coopérative, Anthony (Ndlr : le commercial Marque Verte de Mme Cochois) m’a proposé d’essayer Cristers.  Je me suis dit mais qu’est-ce que c’est que Cristers à côté de grands groupes comme Sanofi, Biogaran… Et puis il en a parlé, reparlé, et à force de persuasion,  un jour j’ai essayé.

Justement, qu’est ce qui a fait que vous avez changé d’avis et êtes passée de l’autre côté de la barrière ?

J’en ai eu assez de ces grands laboratoires avec des remises nébuleuses, des remises qui n’en étaient pas vraiment ou partiellement octroyées. En creusant avec mon comptable on s’est aperçu que beaucoup de remises n’étaient jamais versées. Cristers c’était plus clair, plus transparent. Sans compter les dividendes qui arrivaient après et qui étaient nets, précis, et surtout versés. On a augmenté le chiffre Cristers petit à petit et de fil en aiguille on l’a passé en génériqueur numéro 1.

Pour vous, quelle est l’avantage majeur de Welcoop par rapport à un groupement ?

Welcoop est adossée à un groupement, ce qui nous permet d’avoir plusieurs partenaires. C’est une grande famille où toutes les filiales s’imbriquent bien les unes avec les autres, sans oublier que nous percevons des dividendes, ce qui n’est pas négligeable pour la trésorerie de l’officine. 

Et puis c’est toujours cette histoire de visibilité, nous avons un décompte détaillé de nos achats et des dividendes perçus avec la coopérative Welcoop.

Que diriez-vous à un confrère qui est réticent à rejoindre la coopérative ?

Déjà que je comprends qu’il soit réticent car moi-même au départ j’étais réticente. Aujourd’hui on a tendance à perdre confiance en beaucoup de choses et beaucoup de monde. Donc je pense qu’il faut commencer tout doucement, par exemple avec Cristers, par des molécules sur traitements aigus, les antibiotiques, là où c’est facile de substituer. Les patients ne se rendent pas compte qu’on leur a changé leur groupe générique. Et puis tout doucement passer à des molécules de traitement chronique. C’est difficile d’intégrer un groupement ou une coopérative tout d’un coup. Il faut vraiment y aller progressivement.